musique et littérature

Il se trouve que les oreilles n'ont pas de paupières
Tarif Grenat
fri 20 feb 2015 / 20h30
durée 1h20
Théâtre La passerelle

Conception, musique Benjamin Dupé
D’après La Haine de la musique de Pascal Quignard
 

« Mon postulat est le suivant : l’expression de l’intelligence peut également être jubilatoire, émouvante, voire drôle. » Benjamin Dupé

Aujourd’hui, la musique est partout. Dans les casques, les ordinateurs, les supermarchés et même les ascenseurs. Mais cette convocation incessante n’a-t-elle pas, justement, vidée la musique de son essence ? Le silence ne l’a-t-il pas détrônée ? C’est la question posée par Pascal Quignard dans La Haine de la musique, un curieux objet littéraire, entre pensée, méditation et confession, dont Benjamin Dupé orchestre avec malice et jubilation la transposition scénique. Par fragments, par extraits qu’il fait entrer en collision avec sa propre composition. Car il ne s’agit pas d’illustrer le texte de quelques notes, mais de faire de la musique son partenaire à part entière. Un soin particulier, méticuleux, a été mis dans le choix du comédien : Pierre Baux, habile passeur de mots, est celui qui donne voix et corps aux propos de l’auteur, tandis que le Quatuor Tana déploie sensibilité et virtuosité pour faire vibrer son ardente partition. La puissance du théâtre s’unit ainsi à la magie de la musique. C’est de leurs accords et de leurs désaccords que naît le spectacle, de leurs frictions que s’ouvre la possibilité d’une autre écoute, d’une expérience du sensible. À l’hypothèse d’un désamour suggérée par Pascal Quignard, Benjamin Dupé répond par le seul acte possible pour un compositeur : faire sonner, c’est-à-dire toucher l’auditeur au plus intime. Car il se trouve, justement, « que les oreilles n’ont pas de paupières ».

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LA PRESSE EN PARLE

« Il se trouve que les oreilles n’ont pas de paupières est une forme hybride entre théâtre musical et conférence, dans la lignée des spectacles de Pierre Baux sur Ponge ou Garcia Lorca. « Le Silence est devenu le vertige moderne » écrit Quignard, « depuis la seconde guerre mondiale, la musique est devenue un son non désiré, une noise » une souffrance sonore. L’écrivain n’oppose pas l’art à la barbarie, il montre au contraire que la musique est associée au pouvoir et « viole le corps humain » car l’oreille ne peut se fermer, contrairement à l’œil qui possède une paupière. De l’histoire d’un empereur chinois à celle de Jean de l’Ours qui trouve le silence au fond d’une grotte puis brise les stalactites et libère le plus beau chant du monde, Pierre Baux cisèle les mots de Quignard comme un chef d’orchestre, démontre au public claquement de mains à l’appui son « mal fou à parvenir à l’arythmie », s’appuie sur trois métronomes pour reproduire le tic-tac des horloges mécaniques de Begson.
La partition de Benjamin Dupé, loin d’être illustrative, prend l’exact contrepied du texte et répond à la provocation du titre par un acte fort : seule la musique peut guérir de la haine de la musique. »

Médiapart
 


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crédit photo Christophe Forey